J’ai déjà essayé de montrer combien la philanthropie avait changé au cours de ces dernières années, non seulement dans les moyens nouveaux mis en œuvre, mais aussi dans les publics de donateurs qu’elle touche dorénavant. Je voudrais insister en évoquant aujourd’hui une catégorie de donateurs auxquels on pense généralement peu – et dont les initiatives commencent à foisonner elles aussi – celle des immigrés. Selon l’Organisation Mondiale pour les Migrations, le nombre de migrants augmente chaque année d’environ 3%. On ne compte plus les colloques, les conférences internationales, les débats politiques, les rapports,.. etc .. sur ce sujet. Ce n’est pas ici mon propos. Je ne m’attarderai donc que sur l’émergence de la philanthropie de la diaspora, celle pratiquée par les immigrés, qui est une tendance récente, encore méconnue et dont les initiatives en Belgique sont multiples mais restent à petite échelle. C’est néanmoins un fait, et des études montrent que les migrants s’organisent pour leur philanthropie. Parmi ces études, il en est une réalisée par la Fondation Roi Baudouin, publiée en septembre 2008, et dont le présent article s’inspire largement.
Le phénomène n’est pas totalement neuf, puisque dans les années 80 avaient été créées des Associations caritatives comme Islamic Relief ou Muslim Aid dont les objectif initiaux étaient de lutter contre la faim dans la Corne de l’Afrique, ou venir en aide aux victimes des guerres. En Belgique, la communauté turque avait fait pareil en 1999 pour aider les victimes d’un tremblement de terre. C’est aussi un séisme qui avait motivé la communauté belgo-marocaine en 2004.
L’aspect dont on parle le plus souvent est sans doute l’envoi de fonds par les migrants à leurs familles. On estime que ces montants dépassent ceux des aides officielles à la coopération. Mais il ne s’agit que d’un des cinq modes d’actions philanthropiques couvert par l’étude de la Fondation Roi Baudouin. Il y est aussi question du soutien direct à des « bonnes causes » dans les pays d’origine, aux aides d’urgence, aux soutiens à des initiatives dans les pays d’accueil et enfin à la philanthropie religieuse.
La publication de la Fondation met aussi en lumière certaines initiatives comme celle de l’asbl Imane à Anvers. Son objectif ? Investir dans le développement de villages (ceux de la région dont proviennent les fondateurs belgo-marocains) en envoyant de l’argent de manière collective et pas à titre individuel. Les fondateurs avaient constaté que, auparavant, malgré l’envoi d’argent rien ne se développait dans ces villages, qu’ils continuaient à se vider à cause de la sécheresse et du manque d’infrastructure. Imane investit donc dans des projets durables qui donnent des perspectives économiques (création d’une coopérative de paysans, création d’une assurance sociale, formation sanitaire, alphabétisation des femmes, création d’un dispensaire, etc…). C’est à la fois intelligent, pertinent, et sûrement efficace sur le long terme. C’est mille fois mieux que de donner de l’argent et ne plus se préoccuper de rien ensuite. L’étude ne dévoile pas les montants mis en œuvre, mais on les soupçonne importants. Les fonds semblent recueillis par la vente – chez nous – des produits des coopératives (miel, huile d’olive, etc..), par des soirées, par les mosquées et par un festival sur place chaque été. L’étude met aussi d’autres initiatives en avant, notamment dans la communauté turque.
Cette étude « a – je cite le texte- également mis en lumière un certain nombre de tendances et montre par des exemples comment les membres de la diaspora congolaise, indienne, turque et marocaine dans notre pays concrétisent leur projet philanthropique. En investissant de l’argent, du temps et des connaissances spécifiques, ils comptent parmi les moteurs de l’innovation sociale ». A-t-on une quelconque idée, dans les Service Clubs de cette philanthropie qui bouge, qui foisonne, qui explose, dans tous les milieux, dans toutes les populations quelles que soient leurs origines ? Est-ce que cela dérange ? Est-ce que cela interpelle ? Est-ce que cela inspire ?
« Le potentiel de la philanthropie de la diaspora, enquête sur les modes de solidarité des communautés immigrées en Belgique » est téléchargeable gratuitement sur le site de la Fondation Roi Baudouin en cliquant ici.
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